Méthodes alternatives

La pédagogie inversée, présentation et état de l’art

La pédagogie inversée, la fin du cours magistral?

Que vous soyez au lycée, en université ou en filière sélective comme les classes prépa (CPGE), vous avez sans doute suivi de nombreuses heures de cours magistral, délivré par un professeur sur son estrade. A chaque élève de suivre comme il peut, de prendre des notes. Puis viendra le temps de l’apprentissage après le cours.

La pédagogie inversée, appelée flipped classrooms en anglais, a déjà été mise en place par de nombreux établissements, et s’annonce comme la fin de cette modalité. Qu’en est-il en réalité?

Revenons d’abord sur la définition. En pédagogie inversée, parfois appelée classe inversée, c’est l’élève qui doit préparer la session de cours présentielle. Pour cela, il dispose d’un ensemble de ressources fournies par son professeur : des articles, des supports vidéo etc. Lors de la séance de cours, il s’agit de mener un échange autour de ce qui a été préparé, de confronter les points de vue des élèves et celui du professeur. De plus, ce temps laisse la part belle à l’application des cours et à la création de projets entre les intervenants.

On fait tout à l’envers!

Le premier bouleversement introduit par la pédagogie inversée est celui du rôle de chaque séquence. Traditionnellement, on commence par recevoir une leçon en cours de la part de son professeur. Quelques exercices sont réalisés dans la foulée et débouchent sur des devoirs à faire. De retour chez lui, l’élève est invité à réviser son cours puis à réaliser des exercices d’application.

En pédagogie inversée, c’est l’élève qui commence par découvrir chaque notion en autonomie. Les différents supports de préparation sont fournis pour alimenter des questions. En effet, cette phase soulève des doutes, des interrogations. Le premier effet bénéfique est que l’élève arrive en cours avec l’envie de comprendre des choses précises et participe davantage lors de la séance en groupe.

Bien entendu, le professeur a toujours un rôle fondamental puisqu’il est chargé de choisir les contenus adéquats permettant d’intéresser ses élèves ; cela peut prendre la forme de contenus vidéo, d’infographies, d’exemples illustratifs pouvant être étudiés par les élèves chez eux. Sa responsabilité est ensuite de canaliser les attentes et énergie de chaque élève ; pour cela, il propose des projets, des travaux pratiques. Les élèves alternent ainsi travail individuel et collectif. Le professeur passe ainsi d’un rôle unique de transmission de savoir à celui d’accompagnateur du progrès des élèves. De même les élèves sont invités à évaluer leurs camarades sur leurs travaux. Cette méthode d’évaluation par les pairs est bénéfique dans la mesure où elle responsabilise les élèves sur le travail réalisé et vient détendre la relation avec le professeur. Il n’est plus le seul et unique juge mais l’évaluation s’appuie sur plusieurs avis.

L’état de la pédagogie inversée

Cette méthode pédagogique qui fait l’actualité aujourd’hui est en réalité assez ancienne. Sa naissance remonte aux années 1990 avec Eric Mazur, professeur de physique à Harvard. Elle a été petit à petit développée mais n’a pris son essor qu’à partir de la démocratisation d’accès à l’information via internet. En 2007, deux professeurs de chimie américains, Jonathan Bergmann et Aaron Sams, ont lancé le Lectures at home and Homework in Class : ils ont mis en évidence l’intérêt de faire préparer hors classe grâce aux podcast et autres supports modernes. Citons enfin Salman Khan, mathématicien américain, qui a mis un coup de projecteur via la Khan Academy : ce projet, lancé en 2010, vise à créer une plateforme d’apprentissage de tous les savoirs, libre d’accès et gratuite.

En France, plusieurs expérimentations ont été menées dans des écoles, collèges et lycées en France, par exemple à Bayonne ou Metz sur l’année scolaire dernière. Plusieurs organismes de cours particuliers s’inspirent également de cette méthode pour faire travailler les élèves différemment pendant les vacances ; à Paris, Groupe Réussite a mis en place cette approche pour ses stages intensifs au lycée et en classe prépa. Saluons ici le travail de l’association Inversons la classe!, qui oeuvre pour la démocratisation de cette philosophie en France. Les retours semblent globalement positifs, mais il est encore trop tôt pour en tirer des enseignements définitifs. Pour ne pas mettre en péril ces premières expérimentations, il est urgent de laisser les professeurs travailler avec des élèves. Au-delà de l’effet de nouveauté, il faudra que cette philosophie soit ancrée dans les pratiques pour être capable de tirer des conclusions à partir de la progression des élèves.